Nancy Peña est une auteur de bandes-dessinées, passionnée de gravure et de contes. Elle insuffle des accents oniriques au mythe de Médée autant qu’à la haute société anglaise du XIXe siècle. Suite au Chat du Kimono (2006), Tea Party (2008) et It is not a piece of cake (2011) envoient le héro de la trilogie, Victor Neville, sur les traces du thé le plus rare et de l’ambroisie.  Il s’agit sans doute de la bande dessinée où le thé joue son plus grand rôle ! Nous avons donc posé quelques questions à Nancy Peña…

 

Buvez-vous du thé ? Trouve-t-on une tasse de thé sur votre planche à dessin ? 

Nancy Peña : Il y a toujours près de moi ma tasse fétiche au décor de grues japonaises, achetée dans le quartier chinois de Paris quand j’étais étudiante. Je bois du thé seule, et du café entre amis. Le thé est, étrangement, une boisson plus intime pour moi.

 

Comment vous est venue l’idée de faire une BD où le thé motive le scénario ?

NP : J’avais l’envie de raconter une histoire où un homme malade se promènerait dans son propre corps pour se guérir, envie de parler de gastronomie alors que je n’y connais rien… Je ne parvenais pas à lier ces idées et c’est en me disant que ce pourrait être une sorte de suite au Chat du kimono que la sauce à pris. Médicament (ce que toute boisson chaude a comme effet placebo sur moi !), goût et Japon… Le thé s’est alors imposé.

 

Les deux premières planches de Tea Party illustrent les étapes de la plantation à la tasse : avez-vous déjà visité un pays producteur ? 

NP :  Jamais. Comme Victor, le héros de Tea Party, je rêve mais ne voyage pas beaucoup… Je fais partie des aventuriers passifs décrits par MacOrlan** !

Dans Tea Party et It is not a piece of cake, la société victorienne considère le thé comme gastronomique : la compétition entre les lords et leurs cookery counsellers* s’attache au goût autant qu’à la rareté. Pensez-vous qu’il existe une culture du thé en France ?

NP :  L’attrait pour la culture asiatique et l’intérêt croissant pour la gastronomie ne peut qu’en créer une. Historiquement, je ne crois pas, mais je n’y connais pas grand-chose…

Alors que les deux lords présentent le même thé au concours, c’est le type d’infusion qui  va les départager… Et vous, comment préférez-vous préparer votre thé ?

NP : Je voulais écrire une fin en forme d’hommage au Tour du monde en 80 jours, avec une petite pirouette de dernière minute. Je préfère faire ma préparation en deux minutes à la bouilloire, pendant que je cours faire un biberon !

Si vous étiez un thé, lequel seriez-vous ?

NP : Un thé noir, peut-être un thé fumé.

Médée comme miss Barnes utilise des boissons pour parvenir à ses fins. Pensez-vous que le thé soit toujours une boisson féminine ? Une source d’empowerment ?

NP : Le thé, je ne pense pas. Mais l’utilisation d’herbes, oui, en tout cas dans ma famille. Mon arrière grand-mère utilisait beaucoup les tisanes pour soigner, ma grand-mère en préparait aussi. Petite, il me semblait que c’était un lien secret -ou intime – entre femmes, quelque chose de terrien et de quotidien.

Le pari du meilleur thé met en scène un thé blanc chinois précieux, le Yin Zhen. Et vous, à quels thés buvez-vous ?

NP : Je ne suis pas une connaisseuse. J’aime le thé noir aux goûts russes, j’imagine que cela ferait hurler un vrai amateur de thé ! J’aime aller choisir mon thé en vrac dans une petite boutique à deux pas de chez moi, en mettant mon nez dans toutes les boîtes.

À quand une suite où Miss Alice Barnes partira au Japon sur les traces du thé et des origines de son kimono ?

NP :  Bientôt… J’ai encré une vingtaine de pages du tome qui clôturera la série du chat du kimono. Victor vient de débarquer à Yokohama, Alice est déjà partie vers le mont Osa… A suivre !

En exclusivité – une planche du quatrième et dernier tome du Chat du Kimono !

*À l’époque victorienne, ces conseillers culinaires recommandaient des menus, des recettes et des ingrédients originaux pour l’aristocratie anglaise. Leur talent résidant dans leurs secrets, leur identité était souvent mystérieuse.
** Le Petit Manuel du Parfait Aventurier, par le fascinant Pierre Dumarchey, dit MacOrlan